L’Arrogance des Lucides, 2025

Dans un monde saturé d’informations, l’intelligence s’est muée en reflet. Nous confondons la vitesse de la compréhension avec sa profondeur, la réactivité avec la pensée. Chacun se croit éclairé parce qu’il regarde, connecté, commenté, persuadé que l’accumulation de données équivaut à la sagesse.
L’Arrogance des Lucides met en scène cette vanité contemporaine : une surface brillante, presque miroir, sur laquelle s’inscrivent des éclats de lumière évoquant des notifications figées. Sous cette apparente clarté, rien ne demeure. seulement la certitude vide de “savoir déjà”.
L’œuvre interroge la dérive narcissique d’une époque où la connaissance est devenue un décor moral. Elle invite à reconsidérer la lenteur, le doute, la responsabilité du regard, non comme faiblesses, mais comme dernières formes de lucidité véritable.
The Cage of Old Ideas, 2025

Cette installation explore le conformisme mental comme une cage temporelle. À travers des vitrines suspendues, on y découvre des objets familiers, une tranche de steak, une voiture abandonnée, une tasse à café usagée , sculptés en résine gris-pâle. Chaque objet incarne des reliques de prestige social figé, des vestiges d’un passé où la rareté façonnait le sens.
Le dispositif est délibérément silencieux : pas de slogans, juste des figures figées dans l’immobilité, un régime esthétique tiré de l’économie symbolique. L’œil est invité à déchiffrer l’espace entre les objets, à percevoir la dissonance cognitive qui nous retient prisonniers de nos « vérités d’hier ».
La Cage des Vieilles Idées ne condamne pas ; elle propose un miroir précis, incarnant notre inertie collective. Elle n’exige pas une révolution, mais questionne : peut-on enfin choisir la faim consciente plutôt que le confort imposé ?
La R épublique Narcissique, 2025

Cette œuvre propose une archéologie conceptuelle de la France contemporaine, théâtre d’un narcissisme collectif doublé d’une mésentente silencieuse, un duo moral et social en confrontation muette.
Une figure centrale – silhouette de soliloque – se reflète dans un miroir brisé : l’un renvoie la posture grandiose d’une nation héritière des Lumières, l’autre déconstruit sa façade. Les vestiges d’un État autoproclamé phare culturel se désagrègent en fragments psychologiques et bureaucratiques.
Autour, des panneaux flottants comme des bulletins officiels esquissent deux récits :
celui d’une génération des “boomers”, forgés dans l’illusion exaltée de la liberté et de la grandeur ; et celui des héritiers immigrés, dont la colère miroir devient un mode de survie identitaire face à l’exclusion sociale.
Le langage institutionnel, Rousse, République, Solidarité, y devient texture vide, un rituel sans affect. Le dispositif ne condamne pas : il révèle une société fragmentée par son refus de se voir, prisonnière d’une théâtralité narquoise où l’autre est à la fois adversaire et reflet.
La République Narcissique ne donne pas à voir un diagnostic fini ; elle invite à contempler l’effritement silencieux d’un grand récit républicain, où croire en soi devient aveuglement collectif.
La Température du Corps, 2025

Quand une nation convaincue d’incarner la rationalité, le progrès et la civilisation perd sa capacité d’auto analyse, que reste-t-il ? Cette œuvre explore le moment suspendu où la dégradation n’est ni spectaculaire ni dramatique, mais subtile, administrative, silencieuse.
Ce n’est pas une autopsie, mais une veillée.
On ne proclame pas la mort : on regarde, lentement, le corps se refroidir.
Par une esthétique minimaliste et désaturée, l’image cherche à matérialiser une forme d’effondrement sans fracas, à la fois politique et métaphysique, une disparition qui ne sait pas qu’elle en est une. Le drapé évoque à la fois le deuil et le déni, la dignité figée d’un pouvoir vidé de sens.
Technologie Sans Slogan, 2025

“Ce n’est pas une utopie, c’est une feuille blanche.”
L’installation Technologie Sans Slogan questionne la relation entre idéalisme écologique et transformation matérielle réelle. Elle s’oppose à l’esthétique militante de la bannière, du cri et du sacrifice, pour proposer une autre voie : celle de l’ingénierie silencieuse, du progrès accumulé, de l’innovation comme langage de la nature.
Au cœur de l’œuvre, un ensemble de feuilles en papier de pierre, un matériau sans arbre, sans eau, sans blanchiment, sert de support à une série de données économiques, de plans industriels, de cycles de production circulaire. L’absence de slogans est ici manifeste. On y voit des chiffres, des rendements, des coûts : c’est une poésie sèche, où l’écologie s’inscrit dans les marges du tableur.
Un grand écran suspendu diffuse une séquence algorithmique : des fonds ESG investissant dans les énergies fossiles, des réglementations environnementales qui croulent sous leurs propres métadonnées. L’absurde administratif devient installation, et la promesse verte se fissure dans sa mise en œuvre.
Autour de cette tension, le spectateur est invité à réfléchir non plus à « consommer moins », mais à produire autrement.
L’œuvre ne dénonce pas. Elle fait mieux : elle construit. Elle propose un futur sans culpabilité, où la durabilité ne serait plus un sacrifice, mais un calcul.
Un choix, pas une punition.
Rapport sur le Néant Structuré, 2025

Ce projet s’inscrit dans une réflexion sur le langage administratif comme matière première de l’absurde contemporain. Présenté sous la forme d’un rapport trimestriel de 342 pages vierges – complétées de trois pages de gribouillis – l’œuvre interroge la ritualisation bureaucratique du vide et la transformation du non-sens en autorité.
Le rôle fictif de Secrétaire Général à la Cohérence Stratégique du Ministère de l’Absurde permet d’incarner cette logique : produire sans produire, structurer l’invisible, certifier l’insignifiant.
Ce document, dénué de contenu mais riche en apparence, devient le miroir fidèle d’un système qui, pour ne pas dire, parle énormément.
Égalité Fragmentée, 2024

Cette installation minimaliste, sans ancrage spatial ni galerie définie, propose une mise en scène blanche, suspendue dans une temporalité clinique. Au centre, une figure humanoïde aux traits de lézard, façonnée en argile brute et blanchie, incarne la tension entre instinct primaire et fantasme républicain d’universalité.
Disposés autour de la créature, des chèques de pension et formulaires d’aide sociale, strictement identiques, forment une boucle symbolique d’automatisme social : une répétition vidée de sens, à la fois rassurante et sans élan.
Le texte, bureaucratique et figé, devient rituel.
Au-dessus, un panneau d’acrylique fissuré, où le mot #Égalité s’affiche en lettres grasses, reflète littéralement une promesse brisée, l’unité nationale éclatée entre fantasmes d’identité et réalités territoriales.
Ce travail interroge l’idée de solidarité devenue surface : lissage esthétique de fractures invisibles.
You must be logged in to post a comment.